Épisode 9. L'intérêt, c'est l'impôt

On pourrait penser que l’impôt, autrefois ponction douloureuse au bénéfice d’une caste régnante, n'est plus aujourd'hui qu'une juste contribution volontaire exigée par des institutions démocratiques œuvrant pour le bien-être des populations. 
Ce serait faire l'impasse sur l'objectif essentiel de l'impôt, hier comme aujourd'hui : forcer la circulation de la monnaie étatique. 

Pour entamer cette réflexion, on peut d'abord se poser la question suivante : "À quoi peut bien servir l'impôt pour un Prince qui s'est octroyé le droit régalien de "frapper monnaie", quand on sait qu'il possède le privilège et les moyens d'en créer autant qu'il veut ?" 
… et constater que la réponse ne vient pas naturellement. 
En réalité, le but est à la fois d'utiliser la monnaie comme un moyen de soustraire des ressources et du travail aux populations sans produire soi-même rien d'autre que des rondelles métalliques ou des morceaux de papier sans valeur. Et en second lieu d'obliger les dites populations à accepter ce marché de dupes. 
La monnaie du Prince, rendue obligatoire et intrinsèquement précieuse par la fiscalité, devient ainsi l'outil rêvé de l'oisiveté. Ce système de redistribution de valeurs bien réelles du bas vers le haut au moyen d'un objet sans valeur permet tout : le luxe, l'entretien des inutiles, des courtisans et des complices, et le financement des forces de coercition indispensables à l'édification et au maintien de la structure de domination. La puissance d'intimidation que procure le monopole de la violence "légitime", soutenu par l'arsenal judiciaire, constitue l'instrument de menace idéal pour assurer la perception de l'impôt, et imposer ainsi la circulation et la rareté de la monnaie monopolistique, source de puissance et d'enrichissement infini.
L'impôt est donc, non pas une contribution volontaire, mais tout au contraire la plus subtile des extorsions.

NB1 : Il est intéressant de constater à quel point les citoyens, dans les démocraties industrielles modernes, essayent de minimiser cet aspect des choses. La réalité de cette situation d'oppression leur échappe complètement. C'est devenu de la "violence symbolique", une violence dont les victimes ont tellement pris l'habitude qu'elles n'en sont plus conscientes.

Mais il faut aller plus loin : 
Depuis que l'unité d'échange et de compte n'est plus émise par l'État sous forme de monnaie souveraine, mais créée par le secteur bancaire sous forme de crédit payant (voir Épisodes 1 et 4), la prédation s'est amplifiée : à l'impôt, qui par nature doit être redistribué en dépenses d'État futures, sont venus s'ajouter les intérêts monétaires, qui s'accumulent dans des poches privées. 
Les intérêts monétaires en effet, ne sont pas voués à alimenter l'État, mais à rémunérer les émetteurs de la monnaie privée. 
Ce prélèvement est néanmoins assimilé à l'impôt, payable par l'impôt, et tout aussi obligatoire que l'impôt. 
Il est calculé comme un pourcentage sur la totalité de la monnaie-dette qu'il a fallu créer à chaque étape de financement de chaque activité. La liste est longue. En effet, il y a besoin de monnaie pour tout. Par exemple, pour financer et rémunérer : 
- la conception, la fabrication, la distribution et l'empaquetage de chaque produit ; 
- la recherche, l'extraction, le raffinage, le transport, le conditionnement, la livraison de chaque élément de matière première nécessaire pour fabriquer chaque produit ; 
- l'étude, la commercialisation, la conception, le contrôle, la vérification, l'administration de chaque service, de chaque fonction, de chaque activité privée ou publique nécessaire pour le bon déroulement des flux innombrables sans lesquels des sociétés marchandes aussi complexes que les nôtres ne peuvent pas fonctionner.
Sur chacune de ces opérations, un pourcentage est perçu et reversé aux émetteurs de la monnaie-dette. 
Cette ponction privée sur l'ensemble de l’activité nationale représente un coût supplémentaire colossal que les entreprises font passer dans les prix, et que l'État fait payer par la fiscalité. 

En moyenne, on peut évaluer que 50 % des prix de nos biens et services sont soumis au prélèvement de l'intérêt monétaire. (Margritt Kennedy, 1996). 
Autrement dit, si les mécanismes de création monétaire actuels n'existaient pas, nous serions deux fois plus riches, ou nous pourrions travailler deux fois moins. 

Nous sommes donc bien là en présence d'une alliance quasi symbiotique entre deux entités complémentaires et synergiques : d'une part le secteur financier qui accapare le système monétaire et son pouvoir de monétisation infini, et d'autre part, le secteur politique qui dispose du monopole de la violence physique, instrument-clé de leur association et de leur succès partagé.

NB2 : Cette analyse expliquerait par ailleurs la nécessité pour les gouvernements de procéder à des manœuvres de redistribution, non pas pour assurer un rôle hypothétique de généreuse Providence, mais plus prosaïquement pour nourrir de quelques miettes les hôtes qu'ils sont en train de spolier, et éviter que les plus faibles ne se révoltent face aux ponctions de leur parasitisme...

NB3 : En France, le service de la dette représente plus de 37% de la totalité de l'impôt. C'est le poste le plus élevé du budget de l'État, surpassant celui de l'enseignement et celui de la défense. 

NB4 : Le montant exact des intérêts qui sont inclus dans chaque prix que nous payons varie en fonction du rapport coût du capital / coût de la main-d'œuvre. Dans certains cas, le capital immobilisé est relativement faible, par exemple dans les activités de commerce ou de service. Dans d'autres cas, par exemple dans l'industrie lourde ou les infrastructures (matières premières, fourniture d'eau et d'énergie, moyens de communication, logement...), les coûts d'immobilisation du capital sont beaucoup plus élevés. C'est peut-être ce qui explique en partie que les États et le secteur bancaire aient souvent mis en place des positions monopolistiques conjointes dans ces secteurs.

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