Épisode 4. L'émission monétaire : une activité privée et subventionnée

Seule une fraction infime de la monnaie qui circule dans le public (environ 5%) est créée par les Banques Centrales, c'est la monnaie "fiduciaire" constituée par les pièces et les billets. 

NB1 : Il existe encore une autre sorte de monnaie, la "monnaie de base", constituée par les "réserves" que les banques commerciales conservent sur leur compte à la Banque Centrale (voir Épisode 3, "Quantitative Easing"). Cette monnaie de base ne sort pas du système bancaire. 

Tout le reste de la monnaie est de la monnaie "bancaire" ou "scripturale". C'est la monnaie qui figure sur les soldes de nos comptes bancaires. Elle est créée et distribuée par les banques commerciales privées (banques ordinaires, ou "banques de second rang") sous forme électronique, puis circule d'un compte bancaire à un autre. 
Cette monnaie bancaire est émise à chaque fois qu'une banque :
- accorde un crédit à un client,
- achète pour son propre compte des actifs immobiliers ou financiers (immeubles, actions, obligations, SICAV, produits dérivés, Bons du Trésor, etc...), 
- effectue des paiements pour son compte propre (loyers, salaires, achats de biens ou services, charges sociales...), 
- achète des devises étrangères (par exemple à des entreprises exportatrices payées en dollars), 
- escompte une traite ou un effet pour une entreprise cliente. 

Pour chacune de ces opérations, la banque crée de la monnaie "ex nihilo", en inscrivant simultanément à l'actif et au passif de son bilan un crédit et une dette. (pour plus de précisions, voir également le dernier chapitre de la série : "Bonus. Dernière minute", à paraître le 25 février 2014)... 

* * *

NB2 : Cette création de dette et de crédit simultanés est en réalité l'équivalent de l'opération qui, dans un Système d'Échange Local (un SEL), permet aux deux membres d'un échange de créer les deux montants qui vont mesurer leur transaction. Dans un SEL, à chaque transaction, le vendeur augmente son solde (il enregistre des chiffres positifs), et l'acheteur diminue son solde (il enregistre des chiffres négatifs). Sauf que dans le système monétaire actuel, c'est la banque qui crée les deux montants pour elle-même. Les chiffres positifs deviennent de la monnaie ; les chiffres négatifs restent au bilan de la banque, et lui rapportent un intérêt. C'est l'accumulation de ces chiffres que tout le monde appelle "La Dette".
Explication : Ce que l'on appelle "La Dette" n'est que la partie négative de la création de monnaie par le double jeu du crédit bancaire centralisé et des multiples créateurs/emprunteurs.
Si nous tenions encore nos comptabilités réciproques avec des systèmes de crédit mutuel décentralisés (comme c'était le cas avant l'apparition des monnaies d'État monopolistiques, autour de -600 av. JC), nous n'aurions pas oublié que la "monnaie" est seulement un cas particulier de crédit mutuel où la masse négative est occultée et accaparée par un pouvoir central d'émission.
Dans un système de crédit mutuel libre et volontaire, vendre c'est comptabiliser des chiffres positifs, acheter c'est comptabiliser des chiffres négatifs. Les deux changements de solde sont égaux et de signe opposé à chaque transaction.
Ce système d'enregistrement et de mesure des déséquilibres réciproques permet de connaître en continu sa position personnelle par rapport à la moyenne des autres soldes, qui reste en permanence égale à zéro. Chacun connaît ainsi sa position par rapport à l'équilibre, chacun sait s'il est en positif ou en négatif et de combien. Chaque membre d'un système monétaire équilibré sait ainsi en permanence s'il a beaucoup donné ou beaucoup reçu, et peut en tirer les conséquences.
En outre, la somme algébrique des soldes de tous les comptes étant également par définition égale à zéro, tout enrichissement sans contrepartie commerciale se voit immédiatement. Il est donc impossible de "créer" de l'argent en l'absence de transaction réelle.
Dans un système centralisé où la création de crédit est devenue un monopole détenu par le cartel État - Banques, et où la partie négative des échanges n'apparaît pas sur les comptes des utilisateurs mais reste au passif des émetteurs, la création de crédit, d'une part se confond avec les gains dus à l'échange, faisant passer la création de crédit pour un enrichissement commercial, et d'autre part, permet aux émetteurs de créditer leurs propres comptes et ceux de leurs complices sans que les usagers ne puissent identifier cette fraude en tant que telle.
Ce que l'on appelle "la dette" n'est donc que la partie négative et mathématiquement indispensable d'un système de crédit mutuel qui a été accaparée, redéfinie, et rendue payante par un système centralisé, privateur et monopolistique. 

* * *

... Ce crédit nouveau, qui n'existait pas auparavant, devient de la monnaie commune dès lors qu'il se retrouve sur le compte du client qui l'a demandé, ou sur le compte du vendeur de l'actif immobilier ou financier acheté par la banque, ou sur le compte du salarié ou du fournisseur de bien ou service payé par la banque, etc. 
En réalité, la totalité de la monnaie en circulation, y compris les pièces et les billets (la monnaie fiduciaire), nécessite une création de monnaie bancaire en amont, puisque les pièces et les billets ne peuvent être obtenus qu'en les échangeant contre de la monnaie bancaire (scripturale) qui elle-même provient nécessairement d'un crédit émis au préalable. 
Par conséquent, les banques privées contrôlent de fait la totalité de la masse monétaire.

NB3 : En théorie, puisqu'elles en accumulent la contrepartie négative, les banques portent l'entière responsabilité des crédits qu'elles accordent, ce qui devrait les inciter à examiner scrupuleusement la santé financière de leurs clients. En réalité, les banques décident de qui va recevoir du crédit, et pour faire quoi, en fonction de leurs objectifs de rentabilité. Les nécessités sociales ou écologiques ne figurent pas sur la liste des critères décisifs. En conséquence, les projets à long-terme, à haute utilité humaine ou environnementale, mais dont la rentabilité n'est pas immédiate ou calculable, ne peuvent être financés que par les gouvernements sous forme de nouveaux impôts ou d'endettement public. 

Le privilège de l'émission monétaire : une subvention déguisée au secteur bancaire

La monnaie étant aussi, dans ce système, une dette détenue par le secteur bancaire, elle est soumise au prélèvement d'un intérêt. Toute la monnaie en circulation est soumise au prélèvement d'un intérêt. Personne ne peut y échapper. 
L'intérêt est d'abord payé par tous les clients qui ont contracté un crédit auprès d'une banque et qui ce faisant ont assuré l'émission monétaire. 
Ensuite, tout le monde achète des biens et des services. Or les intérêts que les entreprises sont obligées de payer sur leurs besoins de financements sont intégrés dans les prix. Donc tout le monde paye tout un peu plus cher. 
Enfin, l'État est obligé lui aussi d'emprunter pour financer ses dépenses, toujours excessives, et les intérêts de ses déficits précédents. Ces coûts constituent une grande partie des impôts obligatoires (l'équivalent en France de la totalité de l’impôt sur le revenu !). 

Tout le monde est donc obligé de contribuer au paiement des intérêts de ceux qui ont emprunté au départ, entreprises, particuliers ou État. 
Du simple fait que nous utilisons pour comptabiliser nos flux des unités monétaires payantes, l'ensemble de l'économie (particuliers, entreprises et État) est obligé de payer et de faire payer absolument tout, à un coût supérieur à la réalité commerciale. 
De ce simple fait, le secteur bancaire reçoit sous la forme de l'intérêt monétaire une rente infinie, éternelle et permanente sur l'ensemble des transactions et des opérations d’échange effectuées par l'ensemble de l'économie publique et privée. 

Il est vrai qu'une partie de cette rente est redistribuée par le secteur bancaire, sous la forme de paiements : le secteur bancaire par exemple, paye des intérêts aux épargnants qui ont la "chance" d'avoir un peu plus de monnaie que les autres ; il effectue des achats, fait des dépenses ; il se redistribue de l'argent à lui-même sous la forme des rémunérations et des bonus à la hauteur de l'énormité des gains réalisés. 
Mais d'un point de vue macro-économique, c'est l'économie toute entière qui paye, et le secteur bancaire seul qui encaisse. 
Or, d'un point de vue mathématique, le niveau d'endettement doit obligatoirement se composer et s'accumuler pour payer les intérêts précédents. Le système monétaire actuel représente donc une véritable subvention progressive et cumulative au profit d'un secteur bien particulier de l'économie, au détriment de tous les autres.
On peut supposer que ces mécanismes mettent un jour l'ensemble du système face à un risque d'écroulement, le jour par exemple où les États et les populations prélevées n'auront plus les moyens matériels de payer un intérêt mathématiquement exponentiel. 
C’est précisément la situation qui se révèle aujourd'hui.

 

Par Gérard Foucher

 

Son blog c'est  ICI!

 

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.