Épisode 11. Un système parasitaire à croissance infinie qui doit nécessairement piller son propre environnement

Quand un client rembourse un crédit, la banque annule la dette correspondante, et ainsi, efface la quantité de monnaie correspondante. Cette quantité de monnaie disparaît de l'économie, et par conséquent, la masse monétaire disponible pour représenter les échanges diminue. Autrement dit : le total des unités monétaires disponibles pour comptabiliser les transactions communes devient inférieur à ce qu'il était quand le crédit circulait. 
Mais les débiteurs restants ont toujours besoin de plus de monnaie que ce qu'ils ont reçu, puisqu'ils doivent payer leurs intérêts en plus de leur crédit. Même si les débiteurs prennent de nouveaux crédits pour payer leurs anciens intérêts, les intérêts de ces nouveaux crédits s'ajoutent aux anciens intérêts ! Ils ont donc dans tous les cas besoin de revenus supplémentaires pour payer leurs intérêts, et donc ils doivent obligatoirement réaliser de nouveaux profits !
Or l'économie dans son ensemble ne peut pas faire de profits s'il n'y a pas sans arrêt une augmentation de la quantité de monnaie.
C'est la source du besoin impératif de croissance qui est la caractéristique principale de nos économies monétaires. 

La croissance de la quantité de monnaie de crédit en circulation exerce une pression à la hausse sur l’activité réelle, et la croissance de l'activité réelle exerce une pression à la hausse pour que la quantité de monnaie continue à augmenter. 
La conséquence, c'est qu'une telle économie ne peut fonctionner qu'à la manière d'une pyramide de Ponzi, ou d'un système de vente à la boule de neige. S'il n'y a pas sans arrêt des nouveaux arrivants pour créer la monnaie qui permettra aux anciens de payer les intérêts d'avant, le système s'écroule. 
Ce système ne peut pas fonctionner sans croissance, et il tend vers l'implosion dès que la croissance diminue. 

Nous avons tendance à croire qu'il n'existe qu'un seul type de croissance : la croissance naturelle dont nous avons l'exemple quotidien dans la réalité. La croissance par exemple d'une forêt dont les arbres grandissent puis arrivent à leur taille adulte, la croissance d'un être vivant, qui commence fort puis se stabilise, d'un fruit qui grossit puis arrive à maturité. 
Il existe aussi la croissance linéaire, par exemple celle d'une industrie ou d'un système de production, dont la productivité ou le rendement augmentent à peu près régulièrement avec le temps. Tout cela nous donne l'impression que rien ne se multiplie vraiment, que les choses, tout au plus, s'additionnent. 
Mais souvenons-nous du célèbre film d'animation "Fantasia", de Walt Disney, et de la fameuse séquence de "l'Apprenti Sorcier" où, voulant nettoyer le plus efficacement possible l'atelier de son maître en l'absence de celui-ci, le jeune Mickey décide, par un sort magique, de multiplier les balais et les seaux d'eau, qui se mettent à se reproduire tout seuls : deux, puis quatre, puis huit, puis seize, puis trente-deux, puis soixante-quatre !... En quelques minutes, la situation devient incontrôlable, et si ce n'était grâce au retour du Maître qui stoppe d'un seul geste cette folie, la terre entière aurait fini par être recouverte de balais et de seaux frénétiques ! 
Cette histoire montre bien la nature, et les dangers, de la croissance exponentielle. Dans le monde vivant, la croissance exponentielle s'achève en général avec la mort de l'organisme infecté et de son hôte. Elle est par définition très rare dans la nature, sauf dans les maladies les plus graves : cancers, tumeurs, leucémie. 
Dans le monde immatériel par contre, la progression exponentielle est fréquente. On la trouve dans le monde des mathématiques, et dans le monde de l'information. Sur Internet, le phénomène du "buzz" est un exemple de progression exponentielle des idées. 
Le système des intérêts composés, qui a pour projet de faire payer des frais exponentiels par la croissance forcée d'une économie réelle, est mathématiquement insoutenable. Il y a là une contradiction irréductible entre le monde de la matière et le monde des idées. Il faut forcément piller l'un pour satisfaire l'autre. 
On pourrait dire, finalement, que le système des intérêts composés est en quelque sorte une tumeur parasitaire vouée à envahir notre société et à détruire l'équilibre de notre planète. 
Un cancer, selon Wikipedia, est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier est menacée.
Le système monétaire actuel est, littéralement, le cancer de notre monde.

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NB : À 4% par an, un capital de 100.000€ double en 17 ans, et quadruple en 35 ans ; il dépasse 1.000.000€ à la 58ème année. Et à l'année 80, les 100.000€ de départ sont devenus 2.397.179€ ! 
En année 1, il y a 4.000€ d'intérêts à payer. Au bout de 80 ans, on approche 100.000€, par an ! Quand les intérêts dépassent le principal, pas étonnant que le système explose. 
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Pour les êtres humains que nous sommes, il est très difficile de percevoir la réalité de la progression exponentielle, surtout quand les prédations les plus graves (la spoliation par la dette d'une entière génération de jeunes arrivant dans la vie) ne commencent à apparaître que quand les premiers entrants ont presque tous disparu. 
La nouvelle génération, victime d'un système impossible à détecter et obligée de payer des sommes impossibles à trouver, étouffée dans ses désirs de création de valeurs nouvelles par un crédit inaccessible, ne pourra que se résigner, partir, ou réagir par la violence et tenter de détruire les privilèges des anciens et de leurs lignées. 
La plupart des révolutions, des révoltes et des soulèvements viennent de là. 

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NB : Dans les anciennes civilisations, par exemple en Mésopotamie (3.000 avant J.C.) et en Égypte (1.000 avant J.C.), un "Jubilée" annulait les dettes tous les 49 ans (7 périodes de 7 ans). Ce n'était certainement pas par hasard...
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Au niveau de l'économie réelle, la nécessité mathématique exige de la réalité objective des résultats impossibles à atteindre. Inconscients de la contradiction, les agents économiques (les citoyens, les entreprises, les collectivités, les États) jouent le jeu et essayent néanmoins de les obtenir. Malheureusement, une croissance matérielle exponentielle requiert des ressources infinies.
En toute logique, la croissance de l'économie réelle, forcée par la nécessité de croissance du système monétaire, entraîne obligatoirement une surexploitation des ressources naturelles et un pillage systématique des ressources, des biens, des terres. 
Les agriculteurs doivent emprunter toujours plus pour acheter les plus grosses machines et les engrais les plus violents pour produire toujours plus, les entreprises doivent rechercher la rentabilité à tout prix, augmenter sans cesse leurs profits et diminuer leurs coûts, les multinationales ne seront jamais assez grosses et devront piller la terre jusqu'à la dernière goutte de pétrole, jusqu'au dernier caillou de minerai... Tous les humains sont soumis à toutes ces pressions et se retrouvent contraints de produire toujours plus à l'infini en se battant contre eux-mêmes et contre leur environnement.
Tous ces comportements, parfaitement logiques au niveau individuel pour nourrir sans espoir un système insatiable, ont des conséquences dramatiques pour chaque être humain, pour notre milieu naturel, pour le futur de la planète, pour l'avenir de nos enfants. 
L'endettement perpétuel entraîne une prédation obligatoire vis-à-vis de la Nature et des humains. Il appauvrit l'ensemble de l'Humanité. 
Ce système monétaire est donc totalement incompatible avec un développement durable, et incompatible avec la réalité du monde matériel.

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