Épisode 10. Un système qui augmente mécaniquement les inégalités

Quand les banques ordinaires créent de la monnaie en accordant des crédits à des clients, elles créditent les comptes de ces clients qui dépensent alors leur nouvelle monnaie. Cette monnaie une fois dépensée, revient sous forme de dépôts sur les comptes d'autres clients, qui eux, sont alors créditeurs. 
Le bilan personnel des clients créditeurs est positif : ils possèdent plus qu'ils ne doivent. Le bilan personnel des clients débiteurs est négatif : ils doivent plus qu'ils ne possèdent. 
Si les comptes où reviennent les dépôts créditeurs sont des comptes rémunérés, alors on peut dire que les banques reversent aux clients créditeurs une partie des intérêts qu'elles font payer aux clients débiteurs. 
Le problème, c'est que les comptes débiteurs et les comptes créditeurs ne sont pas distribués équitablement dans la société. 
Or, les débiteurs payent des intérêts, et les créditeurs perçoivent des intérêts. 

En règle générale, ce sont plutôt les pauvres qui ont moins de monnaie que les riches. Et les pauvres sont beaucoup plus nombreux que les riches. Et au niveau international, ce sont les pays pauvres qui sont endettés et les pays riches qui font des prêts. 
En réalité, l'essentiel des dépôts est détenu par une infime portion de la population mondiale, qui reçoit donc les intérêts que payent tous les autres. C'est la racine de la fracture entre les 1% et les 99%. 
Le système de la monnaie à intérêt génère donc un transfert permanent de monnaie de la "France d'en bas" vers la "France d'en haut", de tout le monde vers les plus riches, et du Tiers-Monde vers l'Occident. 
En gros, les pauvres payent les riches ! 
Les inégalités ne peuvent donc aller qu'en s'accentuant.

Par ailleurs, le système est lui-même exponentiel par construction. En effet, le montant des intérêts vient s'ajouter au capital et rapporte à son tour des intérêts. C'est le phénomène des "intérêts composés", qui permet une croissance exponentielle des actifs monétaires. 
Ces mécanismes constituent un avantage considérable pour les créditeurs, et pour le secteur bancaire qui encaisse en permanence le différentiel entre les taux perçus et les taux versés sur l'ensemble de la masse monétaire. 
Toutefois, l'argent ne "fait pas des petits" tout seul. Les actifs monétaires ou financiers ne sont pas par eux-mêmes générateurs de richesses. La plus-value produite par les intérêts ne peut provenir que du travail et de la créativité du labeur humain. 
L'humain est ainsi soumis à la pression continuelle de l'intérêt qui le force à augmenter sans cesse sa productivité, sa profitabilité, sa rentabilité, à diminuer sans cesse ses coûts, ses dépenses, ses acquis, à réfléchir et à travailler toujours plus pour faire mieux, plus vite, plus rentable. 
Tout le monde est victime de ce système et doit s'y adapter : individus, entreprises, États. 
La monnaie n'est que le symbole, la représentation comptable des valeurs réelles qui s'échangent. Pour que l'argent "fasse des petits", il faut forcément de la valeur nouvelle quelque part, il faut donc forcément que quelqu'un, quelque part, passe des heures de sa vie à produire et à travailler pour le possesseur de monnaie. Nos SICAV, nos assurances-vie, nos livrets de caisse d'épargne, ne sont en réalité que des menaces de saisie potentielles pour quelqu'un d'autre...
Alors que chacun, à son niveau, ne fait que se défendre contre un système prédateur et mettre sa famille à l'abri, le résultat au niveau global est que nous assistons à une concentration sans cesse croissante de capital, et que des sommes d'argent de plus en plus grandes sont concentrées dans les mains d'individus de moins en moins nombreux.
Les exigences du paiement des intérêts composés que l'argent doit fournir à l'argent sont sans limite. La croissance exponentielle n'attend pas, ne pardonne pas. C'est une machine à transformer le travail et la créativité humaine en revenu financier. 
C'est une machine folle capable de tuer pour assouvir son appétit infini.

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